Le parc et le retable
Miroirs III

BIENNALE D'ENGHIEN
ART CONTEMPORAIN & PATRIMOINE

LE PARC

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Si la famille de Luxembourg est la première à enserrer le vaste domaine de plus de quatre kilomètres de remparts courant du XVe siècle, c’est sous l’impulsion de la sérénissime maison d’Arenberg que celui-ci va connaître un essor exceptionnel. Au début du XVIIe siècle, Henri IV, roi de Navarre et futur roi de France, ambitionne de vendre ce qu’il considère comme : « une ruineuse possession ». C’est le Prince-Comte Charles d’Arenberg qui se portera acquéreur du domaine en 1607.


C’est le début d’une période faste qui verra la naissance de l’un des plus beaux jardins d’Europe. Cours, jardins, espaces boisés, trésors architecturaux… contribuent à façonner un joyau aux mille facettes. Enghien écrit ainsi une page importante de son histoire et devient, grâce à son splendide parc, une cité reconnue par les plus grands d’Europe. Madame de Montpensier, après une visite en 1671, s’extasiait de la sorte : «C’est la plus belle chose du monde, et la plus extraordinaire.»


Immédiatement après l’acquisition du domaine, le Prince-Comte d’Arenberg et son épouse Anne de Croy entreprennent les premiers travaux. Le parc, laissé à l’abandon depuis plus d’un demi-siècle, a en effet besoin d’un sérieux rafraîchissement. Les premiers travaux consistent à restaurer l’ancienne forteresse féodale, les dépendances et la ferme de la Cense. Par la suite, le maître-jardinier de Mariemont entame la restauration proprement dite du parc.

C’est entre 1636 et 1660 que naîtront cinq jardins clos réalisés dans l’esprit Renaissance. Ces compositions réputées pour leur esthétisme étaient ceinturées par un vaste rectangle aux dimensions impressionnantes (220m de long sur 152m de large). A l’heure actuelle, seuls les jardins des Fleurs et des 7 Étoiles ont pu être entièrement reconstitués grâce au soutien des Communautés européennes.


Le Jardins des Fleurs apparaît comme un grand carré entouré par d’impressionnantes charmilles. Quatre carrés bordés d’un jeu de buis agrémentent le jardin. Au centre des quatre surfaces dessinées à la perfection se dresse un bassin aux formes intrigantes. Quant au jardin des 7 Étoiles, celui-ci représente sans conteste le fleuron du domaine d’Arenberg. Edifié vers le milieu du XVIIe siècle, ce parfait heptagone dresse son imposante stature au point le plus élevé du parc d’Enghien. L’ouvrage positionné au milieu d’un bassin sphérique de 42m semble observer l’alignement minutieux des 14 allées bordées d’arbres qui convergent en son centre.


Toujours du côté botanique, le Parc d’Enghien offre également au visiteur la possibilité de découvrir de belles réalisations contemporaines. Outre la roseraie dédiée à Louis Parmentier et ses compositions multicolores, le Conservatoire Européen du Dahlia occupe une place de choix dans le cœur des amateurs d’espaces floraux.


Mais la visite du parc d’Enghien ne serait pas complète sans s’attarder sur son riche patrimoine bâti. Outre le splendide pavillon des Sept Étoiles, le domaine d’Arenberg abrite aussi la tour de la chapelle castrale (seul vestige de l’ancien château érigé au XIIIe siècle), les écuries qui autrefois accueillaient plus de septante chevaux, le pavillon Chinois qui date de 1657 avec ses magnifiques stucs, le pavillon aux Toiles décoré de scories de fer et de céramique, la porte des Esclaves érigée en 1720 ainsi que le château construit par le célèbre architecte parisien Alexandre Marcel pour le compte de la famille Empain, propriétaire du domaine jusqu’en 1985. Le parc d’Enghien héberge également d’autres réalisations remarquables, telles que le pilori, la colonne de Steenkerque, un important statuaire, des fontaines, des étangs, des ouvrages hydrauliques…


Propriétaire du domaine depuis 1986, la Ville d’Enghien s’est engagée à préserver ce patrimoine exceptionnel mais également à doter le parc de nouvelles infrastructures pour séduire un public toujours plus nombreux. Pas moins de 200 000 personnes ont visité le parc en 2017 !



Christian Debruyne

LE RETABLE

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© Studio Berger, Enghien

Le retable conservé dans la chapelle Notre Dame de Messines de l’Église Saint Nicolas d’Enghien provient de la Chapelle castrale du Parc. Le Duc d’Arenberg en avait fait l’acquisition pour orner sa chapelle. Toutefois, son origine était inconnue jusqu’à son étude approfondie menée en 1993 par les services du patrimoine dans le cadre d’une grande exposition portant sur les retables anversois des XVIe et XVIIe siècles en la cathédrale d’Anvers, lors d’« Antwerpen capitale européenne de la culture ». Son caractère complet, son état de conservation et la qualité sculpturale de l’ensemble en font l’un des plus beaux retables anversois encore conservés au monde.


La partie centrale a été sculptée dans du bois de chêne rehaussé de peinture et d’or. Elle date de 1535 et a été exécutée dans les ateliers Moreau à Anvers (des poinçons témoignent de son lien avec la ville). Composée de 127 personnages, elle figure plusieurs scènes de la vie de la Vierge – son mariage avec Joseph, la Nativité, la circoncision, l’adoration des Mages, la présentation au temple, le décès de la Vierge, et son Couronnement dans le ciel surplombant l’ensemble – et quelques scènes complémentaires.


La partie peinte, elle, est due à l’atelier de Pieter Coecke van Aelst (1502-1550). Les volets ouverts présentent également des épisodes de la vie de la Vierge : sa naissance, sa visite au temple, le choix de Joseph comme époux, la Dormition avec le tombeau vide, et l’Assomption, sa suprême salutation. La prédelle, quant à elle, représente l’arbre de Jessé. Les volets fermés nous montrent Marie, ses parents et apparentés.


Le retable de la chapelle du parc est constitué de multiples courants esthétiques. En effet, le concept est gothique, le décor est renaissance, tandis que les sculptures tiennent du maniérisme. Ainsi, l’on peut considérer que ce genre de retable aux volets est la dernière étape avant les grandes réalisations baroques, introduites par le Concile de Trente.



R. Duwiijn

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